Emma François de Sessùn, la créatrice à connaître

 

Interdiction de parler de la petite marque marseillaise qui monte !

 

Sessùn, c’est avant tout une marque française, une certaine idée de la Mode passée au travers d’un filtre multiple : l’Amérique du Sud et l’artisanat, mais aussi la ville, la culture urbaine et les années soixante.

 

Rencontre avec la tête pensante et créatrice d’une marque déjà devenue grande : Emma François.

 

 

 

Son CV Mode

 

PROFESSION : Fondatrice et créatrice de Sessùn

STYLE : Frais et contemporain

MARQUE FAVORITE : Dries Van Noten

UNE REGLE : A chaque tenue son juste équilibre

UN LIEU DE PREDILECTION : Marseille

UNE SOURCE D’INSPIRATION : Les voyages

UNE EGERIE : Anna Karina

 

Qui êtes-vous ?

 

Emma François. Je suis la créatrice de Sessùn, la marque de prêt-à-porter française que j’ai fondée il y a 20 ans.

 

Racontez-nous la genèse de la marque.

 

J’ai toujours aimé la Mode. Plus jeune, j’adorais chiner ; je passais mon temps à customiser des vêtements vintage pour sortir. Mais le réel fait déclencheur a été un voyage en Amérique du Sud. A l’époque, j’étais étudiante en anthropologie et économie.

 

Lors de mon premier voyage d’agrément, je me suis découvert une fascination pour l’artisanat, le savoir-faire et les techniques traditionnelles locales. Un vrai coup de foudre !

 

J’ai songé à ramener des petits objets et vêtements que j’achèterais sur les marchés et que je vendrais à mes copines, comme une alternative à un job d’étudiant… De retour en France, je n’avais qu’une seule envie : accumuler une petite somme, pour repartir et de faire fabriquer mes propres modèles. Sessùn est née ainsi.

 

Le Blog de La Brand Boutique - interview Emma Francois Sessun showroom

 

D’où vient le nom ?

 

(Rires) Sessùn ne veut rien dire ! Nous cherchions un mot frais à la consonance internationale et lors d’un brainstorming nous sommes tombés sur ce petit montage à la sonorité latine qui rappelait les racines de la marque.

 

Racontez-nous l’évolution de la maison, de la fabrication artisanale à la marque que l’on connaît aujourd’hui.

 

Après quelques années de fabrication purement artisanale, j’ai eu envie d’enrichir la collection et pour cela, il fallait un tissu industriel, une véritable infrastructure. De fil en aiguille, j’ai atterri à Marseille où il y avait encore des ateliers de confection.

 

Aujourd’hui, notre fabrication n’est plus européenne. Elle a été délocalisée dans une logique de savoir-faire territorial. La soie vient de la Chine, tout comme la maille et le coton brodé est de provenance Indienne.

 

La marque est profondément française.

 

On parle souvent de Sessùn comme une marque « made in Marseille ». Quelle place a la ville phocéenne dans votre histoire ?

 

Sessùn est avant tout une histoire française. Je ne me sens pas du tout marquée par le fer de la création marseillaise. L’adresse de la marque est méditerranéenne mais son identité est surtout urbaine, contemporaine et française. Marseille nous apporte avant tout une grande qualité de vie et une certaine sérénité.

 

La qualité de vie fait partie de votre philosophie de chef d’entreprise ?

 

Je défends l’idée que l’entreprise est un lieu de création et de bien-être. Prendre son temps s’inscrit dans cette logique. « Chaque étape dans son temps » pourrait être ma devise. Et créer une marque, ça prend du temps !

 

La mienne est une philosophie de slow-time. Aujourd’hui, on a une grande qualité de vie, une grande qualité de création. On s’est attelé pendant des années à une croissance qualitative et pas quantitative. On a installé et pérennisé la marque, ce qui est le fruit d’un travail considérable.

 

Le Blog de La Brand Boutique - interview Emma Francois Sessun 2

 

Tu te sens d’abord entrepreneuse ou créatrice ?

 

Je dirais les deux et je suis convaincue que c’est ce qui fait la force de Sessùn. Je suis créatrice de Mode car je m’occupe du style de la marque, mais je suis aussi chef d’entreprise ; j’ai toujours une vision globale. Je crée mais je construis aussi. Ces deux casquettes sont pour moi un élément clé de notre réussite.

 

Il faut aussi savoir s’entourer. J’ai une équipe fabuleuse et fidèle composée de différentes générations : ceux qui sont arrivés il y a 15 ans, ceux d’il y a 5 ans et puis la nouvelle génération hyper dynamique et connectée, arrivée plus récemment.

 

Vous êtes autodidacte de la Mode. Pensez-vous qu’un tel parcours serait possible aujourd’hui ?

 

Il y a dix ans j’aurais dit non, mais aujourd’hui je trouve qu’il y a eu une telle mutation dans le secteur de la Mode que tout est devenu possible. Prenons Etsy par exemple : un créateur peut être découvert par cinq millions d’acheteurs potentiels tout en restant chez lui ! Il y a dix ans, les acheteurs ne prenaient plus de risque. Maintenant, les nouvelles plateformes permettent un modèle de distribution alternative et c’est ça qui révolutionne un secteur, que ce soit dans la mode ou la musique.

 

Quels sont vos projets du jour ?

 

Nous avons ouvert un « pop up permanent » (oui, on sait que c’est un oxymore !) il y a trois mois pour pouvoir créer des expositions éphémères dans un lieu qui lui ne l’est pas. Cet hiver par exemple, on mettra en scène une sélection de produits autour d’un thème lié à la collection. Cela va nous permettre de proposer à notre cliente fidèle le mode de vie Sessùn à part entière. Pendant des années, je me suis attelée à la décoration des boutiques et un jour m’est venue l’idée que c’est tout cet univers que l’on a envie de pouvoir s’offrir.

 

Sessùn Oui, notre collection mariage, est née du même constat. Nous avons sélectionné quelques 80 articles autour du mariage (fanions, cadres pour les plans de table, robes, chaussures…) qui sont présentés dans ce pop up permanent.

 

Il y a un attachement émotionnel à la marque et Sessùn « Oui » le fait évoluer.

 

Le Blog de La Brand Boutique - interview Emma Francois Sessun blanc

 

Comment faites-vous pour vous renouveler en permanence ?

 

Je suis de nature très curieuse, à l’affut de tout ! Quand on crée, il faut nourrir sans cesse sa créativité. Il faut être en alerte et vive, lire, aller au cinéma et aux expos. Ce que l’on appelle « l’air du temps » est généré par la culture en général.

 

A quoi est-ce que vous attribuez le succès des jeunes marques françaises qui semblent justement savoir être dans l’air du temps ?

 

Il y a un tel dynamisme aujourd’hui que le succès entraine le succès. La « French Touch », le luxe français, le savoir-faire, tous ces éléments créent un mouvement qui rend les marques compréhensibles. Ce n’est pas bien d’être seul car on n’est pas lisible, on n’émerge pas.

 

Nous avons connu ce problème au début avec Sessùn car notre image était un peu plus « street », plus urbaine, et les acheteurs nous disaient « mais où est-ce qu’on va vous mettre ? ».

 

C’est à ce moment-là que j’ai fait le constat qu’un mouvement est plus fort qu’une marque qui évolue seule.

 

Quelles sont les marques que vous aimez ?

 

J’aime plutôt des univers, des marques qui racontent des histoires, sinon je n’arrive pas à m’attacher. Dries Van Noten, par exemple, me touche énormément et me transporte par son univers onirique, son savoir-faire et son inspiration ethnique. Prada aussi. C’est de l’art contemporain, un voyage, un mélange des inspirations de la créatrice.

 

Le Blog de La Brand Boutique - interview Emma Francois Sessun oui

 

Vous avez quelqu’un à l’esprit quand vous créez ?

 

Sur tous nos mood-boards vous trouverez Anna Karina, cette icône des années soixante. Jane Birkin aussi avec son jean patte d’eph. Ou encore Jean Shrimpton, cette incroyable anglaise des années soixante dix. Ce sont des femmes qui ont su s’approprier un classique (le jean blanc, le caban…) et le rendre au goût du jour.

 

Quel serait votre conseil Style ?

 

Le style c’est savoir se le créer soi-même.

Il faut toujours penser à l’équilibre d’une tenue : une matière très raffinée coupée par une matière très brute par exemple ; une chaussure lourde avec un vêtement élégant ; une chemise d’homme rayée portée sur un soutien gorge en dentelle pour sortir. Masculin / féminin, brut / élégant, grand / tout petit. Pensez toujours à cet équilibre, à associer des choses qui sont contrastées. Une jolie boucle d’oreille avec une chemise d’homme, par exemple, c’est magnifique !

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1 commentaire

  • Maroussia

    Bravo Emma et merci pour  » Sessun  » découvert hier seulement par hasard en achetant ,en solde, un joli  » KATMAI  » indigo …

    Intriguée par le nom, j’ ai voulu en savoir plus et vous ai donc trouvée sur internet, cet outil magique.

    Ayant habité Aubagne et La Ciotat, je connais bien Marseille , ville que j’ aime énormément et défend toujours contre ses détracteurs… J’ espère y retourner de temps en temps.

    Bravo encore pour votre parcours et votre entreprise. Meilleures pensées à vous , vos équipes et :  » Marseille  » ! …

    Maroussia

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